Rappels
de la maturation du système vestibulaire
A la naissance, le système vestibulaire périphérique
est mature, marqué par l’observation d’un nystagmus vestibulaire. Deux semaines après l’ouverture des yeux,
le nystagmus optocinétique est mis en évidence. Avant
l’âge d’un an, les saccades oculaires sont hypométriques
et exécutées en 3 ou 4 parties. Vers l’âge
d’un an, les saccades de nystagmus apparaissent normales mais
leurs latences sont importantes (environ 500 ms pour 250 ms chez
l’adulte). Progressivement, le nouveau né passe d’un équivalent
de vision afovée vers une vision fovée.
Diagnostic clinique
- L’interrogatoire doit préciser la date de survenue
du vertige, sa durée et sa fréquence de survenue, les
circonstances déclenchantes (lors de l’immobilité ou à l’occasion
de mouvement), les signes associés (signes auditifs et neuro-végétatifs,
torticolis, mouvements anormaux), les conséquences du vertige
(chute, perte de connaissance, céphalées).
- Les antécédents personnels (épilepsie, prise
médicamenteuse) et familiaux (migraine, affection neurologique)
sont demandés.
- L’examen clinique ORL et neurologique
a pour but la recherche d’une déviation posturale (déficit
vestibulo-spinal) et d’un nystagmus (déficit vestibulo-oculaire).
Dans le but d’éliminer une possible atteinte centrale
une telle atteint peut être orientée par l’analyse
de la poursuite oculaire, le contrôle visuel du nystagmus vestibulaire,
l’étude
du contrôle postural, la recherche d’un nystagmus de type
central, d’un gaze nystagmus, d’un nystagmus spontané.
- Les examens complémentaires comprendront
les explorations audiologiques et en fonction de l’âge
de l’enfant
des épreuves vestibulaires instrumentales (pendulaire et calorique).
Les examens radiologiques (scanner des rochers et IRM cérébrale
et des angles pontocérébelleux) doivent être orientés
en fonction de l’examen clinique.

Diagnostic étiologique
Les
vertiges récidivants sans signes d’accompagnement
auditif (25 à 28 %)
- Le vertige paroxystique bénin (VPB) touche en général
l'enfant entre 2 et 4 ans, exceptionnellement au-delà de 10
ans. Le VBP est un vertige paroxystique qui dure de quelques secondes à une
minute, non épileptique, récurrent, accompagné de
manifestations objectives ou subjectives. Les épisodes rotatoires à début
brutal s’associent à une anxiété, une crainte
visible sur le visage de l’enfant, une immobilisation ou des
essais d’agrippement, des nausées et des vomissements.
Il n’existe jamais de perte de connaissance ni de déficit
auditif. Les antécédents personnels retrouvent assez
souvent une notion de torticolis paroxystique et les antécédents
familiaux, un terrain migraineux dans 50% des cas.
Les bilans clinique et paracliniques sont normaux. La fréquence
du VPB est variable d’un accès hebdomadaire à un
accès mensuel, sa récurrence diminuant avec l’âge.
L’évolution est spontanément favorable en quelques
mois voir années et c’est à l’occasion des
récurrences que le diagnostic est habituellement posé.
L’évolution peut être marquée par une transformation
en migraine maladie ou en épisodes de syndrome périodique
(30%) qui associent des douleurs abdominales, des torticolis spasmodiques,
des vomissements périodiques et récurrents.
- La migraine réalise une illusion rotatoire, de durée
brève (quelques minutes) souvent accompagnée d’un éblouissement
et de céphalées rarement pulsatiles. Les nausées,
les vomissements et l'instabilité y sont fréquents. La
crise vertigineuse peut survenir pendant la crise douloureuse, lors
de l'aura migraineuse, enfin plus rarement en dehors des épisodes
migraineux rendant le diagnostic plus difficile.
L’interrogatoire retrouve, dans la majorité des cas, une
histoire familiale de migraine. L’examen clinique et nystagmographique
ainsi que l'électroencéphalogramme sont normaux en dehors
des crises
- L'épilepsie vestibulaire est une cause rare de vertige de
l’enfant (1 à 3,5% des cas) qui s’accompagne le
plus souvent d’une rotation incontrôlable du corps ou de
la tête, et d’une rotation des yeux, ce qui la différencie
des autres vertiges.
- Les problèmes psychologiques, tels que les crises de panique
ou d'hyperventilation peuvent entraîner des épisodes répétés
que la famille ou l'enfant appellent vertige, et qui sont en réalité des
malaises associés à des nausées, des palpitations,
pâleurs, oppression et respiration très courte. Il s'agit
en général d'enfants anxieux avec une histoire familiale
de spasmophilie ou d’anxiété.
Les
vertiges récidivants avec signes d’accompagnement
auditif
- Les fistules périlymphatiques réalisent une communication
anormale entre l'oreille moyenne et l'oreille interne avec, en principe,
une fuite de liquide périlymphatique.
Elles peuvent être acquises ou congénitales. Acquises,
l'origine est soit iatrogène (post-chirurgicale dans le cadre
d’une chirurgie de l’otite chronique), soit post-traumatique
(traumatisme crânien avec ou sans fracture du crâne, fracture
du rocher, traumatisme pénétrant de l’oreille,
barotraumatisme), ou par érosion (otomastoïdite aiguë ou
chronique par dysperméabilité de la fenêtre ronde,
cholestéatome). Congénitales, elles peuvent être
associées ou pas à des anomalies cliniquement ou radiologiquement
visibles de l’os temporal (dysplasie de Mondini, dilatation des
aqueducs, malformations de l’étrier, de la fenêtre
ovale, de la fenêtre ronde et microfissures de la capsule otique
et du conduit auditif interne).
Tout le problème des fistules périlymphatiques est celui
de l’indication de l’exploration chirurgicale de l’oreille
moyenne, car elles représentent une cause de surdité de
perception pour laquelle un traitement chirurgical est envisageable.
Elle ne peut reposer que sur un faisceau d’arguments de présomption:
L’interrogatoire est riche de renseignements lorsqu’il
retrouve des facteurs prédisposants tels qu’un traumatisme
crânien rapidement suivi d’une surdité ou d’un
vertige, une surdité brusque ou des vertiges dans les suites
d’un barotraumatisme ou d’un traumatisme acoustique, l'aggravation
d'une surdité après une chirurgie de l'oreille moyenne.
L’examen clinique doit surtout s’attacher à rechercher
des malformations de la tête ou des oreilles (trisomie 21, microcéphalie,
craniosténose, ostéogéni imperfecta, malformation
des pavillons). Cliniquement, l’hypoacousie est habituellement
progressive ou fluctuante, plus rarement brusque, et les vertiges surviennent
par accès. Il est rare que les vertiges surviennent isolément
ou qu'ils soient l'élément dominant du motif de consultation.
La recherche de signes vestibulaires de type nystagmus est très
décevante.
L’exploration radiologique (scanner et IRM avec injection de
produit de contraste) doivent rechercher des anomalies morphologiques
significatifs, pas toujours faciles à mettre en évidence,
de l’existence d’une fistule péri-lymphatique.
- La maladie de Ménière représente moins de 1%
des cas de vertiges de l'enfant et elle survient chez des pré-adolescents
ou des adolescents. Le diagnostic comprend la triade symptomatique
associant vertiges paroxystiques, surdité fluctuante sur les
fréquences graves et bourdonnements. La durée de la crise
vertigineuse est variable, d'un quart d'heure à plusieurs heures.
- Le vertige positionnel paroxystique bénin représente
2 à 3 % des vertiges de l’enfant. Il est diagnostiqué par
la manœuvre de Dix et Hallpike mettant en évidence un nystagmus
géotropique de durée brève survenant avec un temps
de latence. Le traitement consiste en une manœuvre libératoire
avec d'excellents résultats comme chez l'adulte. (s auditifs
???)
- Les atteintes de l’oreille moyenne, telles que les otites
séromuqueuses, sont probablement les premières causes
de vertige et de déséquilibre chez l’enfant. Cela
implique la nécessité d’un diagnostic et d’une
prise en charge spécifique de ces atteintes en cas de vertiges
ou de maladresses voir de chutes faciles.
La grande crise vertigineuse
Il s'agit d'un épisode vertigineux aigu pouvant durer plusieurs
jours et répondant aux étiologies suivantes :
- La névrite vestibulaire se présente, comme chez l'adulte,
par une grande crise aiguë de vertige, accompagnée de signes
neurovégétatifs, sans surdité ni acouphènes.
Celle-ci dure 3 à 4 jours, puis il s'installe une instabilité qui
va s'estomper progressivement. L'examen vestibulaire, durant les premiers
jours est très évocateur, avec un nystagmus de degré III
et une aréflexie unilatérale à l'épreuve
calorique ou une prépondérance totale du côté opposée à la
lésion. La compensation centrale du déficit vestibulaire
est plus rapide chez l'enfant que chez l'adulte avec une normalisation
de l’épreuve calorique dans 86% des cas chez les enfants
(64% pour les adultes).
- La labyrinthite (8%) répond à deux étiologies:
Les labyrinthites séreuses avec une surdité soit aiguë,
soit fluctuante, soit progressive, associée à des manifestations
vertigineuses souvent minimes, chez un enfant présentant une
otite séromuqueuse
Les labyrinthites aiguës suppurées avec un vertige intense
et rotatoire, qui s'installe en quelques heures et qui s'accompagne
d'une baisse de l’audition avec nausées et vomissements,
chez un enfant présentant une otite moyenne aiguë ou une
surinfection d'otite chronique.
- Le vertige positionnel central se caractérise par un nystagmus
de type positionnel, une instabilité qui peut démarrer
par une crise aussi violente qu'un épisode labyrinthique périphérique.
Cette forme sévère s'améliore graduellement en
quelques semaines comme dans la névrite vestibulaire. Une tumeur
ou un hématome proche du quatrième ventricule ou des
noyaux vestibulaires doit être recherché.
- La maladie démyélinisante touche principalement les
adultes jeunes, beaucoup plus rarement les adolescents.
L'instabilité chronique
- La tumeur cérébrale doit être évoquée
en présence d’une ataxie de l'enfant, surtout d'installation
progressive associant des céphalées. Il faut rechercher
des signes vestibulaires centraux, une altération des potentiels évoqués
auditifs et pratiquer une IRM endocrânienne.
- Le déficit vestibulaire bilatéral peut être
congénital ou acquis dans la petite enfance et doit être
recherché devant toute surdité bilatérale profonde.
Un retard d’acquisition de la marche au-delà de 18 mois
peut être un indice de suspicion du syndrome d’Usher.