Notions épidémiologiques
Les angines aiguës représentent 10 à 12 millions
de diagnostics par an en France métropolitaine, engendrant une
grande consommation d’antibiotiques.
La majorité des angines est d’origine
virale : adénovirus,
coronavirus, entérovirus, Epstein-Barr virus (EBV), herpès
virus, rhinovirus, virus respiratoire syncitial, virus influenzae
et para-influenzae, beaucoup plus rarement VIH.
EBV est responsable
de la mononucléose infectieuse. Sa transmission
est essentiellement salivaire. La primo-infection est très
souvent inapparente, survenant dans l’enfance, et confère
une immunité solide
; contrairement aux autres virus du groupe herpès, il n’y
a pas de récurrence symptomatique chez les sujets sains,
par contre, des récurrences asymptomatiques sont possibles
chez l’immunodéprimé.
L’incidence des angines d’origine bactérienne est
beaucoup moins fréquente, mais elle doit être bien connue.
- La principale cause est le streptocoque béta-hémolytique
du groupe A (25 à 40% des cas), plus rarement,
les streptocoques des groupes B, C, F et G. Leur gravité potentielle
est liée à leurs
complications (la maladie post-streptococcique, exceptionnelle
dans les pays industrialisés, est toujours endémique
dans les DOM-TOM et certains pays du Tiers Monde).
- Le bacille de Klebs-Löffler ou Corynebacterium diphteriae
est responsable de l’angine diphtérique dont la gravité est
liée à sa toxine à tropisme cardiaque
et nerveux et à sa potentialité nécrosante
(taux de létalité autour
de 10%). L’incidence de la diphtérie a
beaucoup diminué dans
les pays développés grâce à la
vaccination. Elle est ainsi devenue une maladie de
l’adulte,
en particulier ceux voyageant dans les pays de l’Est
ou en Afrique.
- L’association fuso-spirillaire (une bactérie anaérobie,
Fusobactérium necrophorum, et un spirochète
du genre Borrelia) est une forme d’angine bactérienne
assez caractéristique
par son unilatéralité.

Formes cliniques et traitements
Il est très important de se rappeler, que dans la majorité des
cas il n’existe pas de corrélation entre la présentation
clinique et l’agent pathogène en cause.
Angines érythémateuses et érythémato-pultacées
- L’examen clinique de l’oropharynx permet
d’isoler
des aspects anatomo-cliniques caractéristiques.
-
Dans
l’angine érythémateuse,
toute la muqueuse du pharynx est rouge, les amygdales sont
augmentées
de volume et on peut voir un exsudat fibrineux sortir des
cryptes.
-
Dans l’angine érythémato-pultacée,
la muqueuse est très rouge, congestive, avec des taches blanchâtres épaisses,
très nombreuses au niveau des amygdales qui sont tuméfiées,
et des piliers ; une adénopathie sous angulo-maxillaire satellite
est habituellement retrouvée.
L’étiologie virale ou streptococcique
est difficile à différencier
sur ces seuls aspects cliniques. On peut évoquer :
- une
origine virale devant un début progressif, un aspect érythémateux,
une toux, une rhinorrhée et une conjonctivite,
- une
origine streptococcique lorsque sont associés début
brutal, fièvre
supérieure à 39°, odynophagie intense, adénopathie
douloureuse et rougeur intense du pharynx.
La scarlatine
est une forme particulière
d’angine due à un
streptocoque du groupe A (producteur d’une toxine érythrogène).
- Les
"tests
de diagnostic rapide ou TDR"
permettent un diagnostic au
cabinet du médecin afin de ne traiter que les angines
streptococciques. La généralisation de ce test
devrait avoir un impact écologique
et économique
non négligeable. En effet, bien que l’étiologie
virale de l’angine soit la plus fréquente, seule
l’étiologie
streptococcique nécessite une antibiothérapie afin
d’en éviter
les complications.
- L’antibiothérapie est justifiée si
le TDR est positif et si le médecin
n’a pas accès aux TDR.
Le traitement de référence
historique est la pénicilline V. Actuellement, il est
recomamandé de privilégier les traitements courts (4-6 jours)
et de prescrire une béta-lactamine en première intention ou un
macrolide en deuxième intention, en cas d’allergie
aux pénicillines par exemple.
Angines pseudomembraneuses
L’aspect pseudomembraneux se caractérise
par la présence
sur les amygdales d’un enduit confluent de couleur nacrée ou
grisâtre.
- La mononucléose infectieuse,
due a l'EBV, est la cause la plus fréquente de ce type d’angines.
-
La forme clinique typique débute par
une asthénie
profonde, une fièvre modérée. Puis l’angine
apparaît,
caractérisée par des fausses membranes débordant
parfois sur les piliers, avec un œdème de la
luette, un purpura pétéchial du voile du palais.
Les amygdales sont volumineuses pouvant conduire à
des crises d’asphyxie.
Les adénopathies
cervicales sont plutôt occipitales, avec une splénomégalie
(50% des cas). Il existe un exanthème morbiliforme
du tronc et de la racine des membres, d’apparition
spontanée
ou plus souvent déclanchée par la prise d’ampicilline
(mais il ne s’agit pas d’une allergie vraie aux bétalactamines).
-
Les examens complémentaires :
* hémogramme :
syndrome mononucléosique d’apparition parfois retardé, *
biologie hépatique : augmentation modérée des
transaminases. Les éléments de certitude sont * l’isolement
du virus EBV (technique difficile), * le MNI-test (sensibilité de
98%), * la réaction de Paul Bunnell Davidson (sensibilité de
80%), * la recherche d’IgM anti-VCA,
* et une nouvelle technique de PCR (en
temps réel, devrait permettre de quantifier la
charge virale EBV).
-
L’évolution se
fait vers la guérison spontanée
en 3 à 4 semaines, mais avec une phase de convalescence qui
peut être prolongée sur plusieurs semaines.
L’EBV
serait incriminé dans la genèse du syndrome de fatigue
chronique (l’asthénie peut demeurer le seul symptôme
clinique pendant plusieurs mois ou années).
-
Le traitement est
essentiellement symptomatique : lutte contre la fièvre,
repos au lit, corticothérapie en cas de forme
compliquée
avec gêne respiratoire, anémie hémolytique.
- L’angine diphtérique,
due à Corynebacterium
diphteriae (bacille de Klebs-Löffler), est une toxi-infection
de déclaration sanitaire obligatoire ; elle impose l’isolement
du patient et l’examen de l’entourage (les angines
sont très contagieuses).
- Cliniquement elle débute, après
une incubation inférieure à 7 jours, de façon
insidieuse par un malaise (pâleur et asthénie
inhabituelle), une fièvre autour de 38° et une dysphagie.
En 24 à 48
heures, se forment sur les amygdales des fausses membranes
blanches, nacrées ou grisâtres caractéristiques
car * cohérentes
(résistant à l’écrasement), * adhérentes à la
muqueuse et * rapidement reproductibles. La muqueuse sous-jacente
est congestive. S’y associent un coryza unilatéral,
séreux
ou muco-purulent, avec érosion narinaire, des adénopathies
sous angulo-maxillaires, douloureuses, avec péri-adénite
et un syndrome toxique (asthénie, pâleur et tachycardie).
- Le prélèvement de gorge est indispensable à la
recherche du bacille de Klebs-Löffler.
- Le traitement, en milieu
hospitalier avec isolement, doit débuter
de toute urgence et associe sérothérapie (30 à 40
000 U chez l’adulte) et pénicilline G ou macrolide.
Angines vésiculeuses
Toujours d’origine virale, elles sont caractérisées
par la présence de petites vésicules sur une muqueuse
inflammatoire.
- L’angine dans l’herpangine (virus
coxsackie du groupe A) touche électivement les jeunes enfants.
Elle débute
brutalement dans un contexte fébrile avec des douleurs
abdominales. Il s’agit davantage d’une pharyngite,
avec de petites vésicules
entourées d’un halo inflammatoire qui se groupent
sur les piliers antérieurs, le voile du palais et
la paroi postérieure
du pharynx. La muqueuse sous-jacente est très inflammatoire.
L’évolution est favorable en 4 à 6 jours.
- L’angine herpétique (herpès
virus) présente
les signes d’une angine banale, avec l’apparition
brutale sur les amygdales de vésicules, qui en se
rompant, se transforment en petites ulcérations.
Le traitement est uniquement symptomatique associant
réhydratation
et soins de bouche dans tous les cas.
Angines ulcéreuses et ulcéronécrotiques
Elles se caractérisent par une érosion au niveau d’une
amygdale s’étendant parfois au voile du palais ou à la
partie postérieure du pharynx.
- L’angine de Vincent (association
fuso-spirillaire), forme la plus fréquente, est favorisée
par une mauvaise hygiène
bucco-dentaire et touche surtout l'adulte.
Les signes cliniques associent
une fièvre d’intensité modérée,
une haleine fétide, et surtout une asthénie avec odynophagie
latéralisée et hypersialorrhée. L’examen
clinique retrouve une ulcération profonde recouverte de membranes
grisâtres non adhérentes, souple au toucher, et une
adénopathie
sous angulo-maxillaire unilatérale. Le diagnostic
est affirmé par
la mise en évidence de l’association fusospirillaire à l’examen
direct du prélèvement de gorge. Le traitement
est la pénicilline V ou, en cas d’allergie, le métronidazole.
L’éventuelle cause bucco-dentaire doit être
traitée.
- Une hémopathie doit être évoquée
devant une angine ulcéronécrotique traînante et
le recours à l’hémogramme
doit être systématique. Doivent être recherchés
* une leucémie (à l’angine nécrotique
s’associent
un syndrome hémorragique avec pétéchies
et phlycténes
hémorragiques, et parfois une gingivite hypertrophique),
* un
lymphome primitif ou favorisé par un traitement
immunosuppresseur, * une agranulocytose souvent
médicamenteuse.

Complications
Complications locales suppurées
La
propagation de l’infection
vers les espaces anatomiques péri-pharyngés
se fait par voie directe ou lymphatique. Quel que soit la localisation,
le tableau clinique associe une dysphagie douloureuse avec hypersialorrhée,
des douleurs cervicales, l’installation d’une dyspnée
haute et d’un syndrome infectieux avec altération de
l’état
général.
- Le phlegmon péri-amygdalien (PPA)
antérieur réalise
une collection située dans la loge amygdalienne, entre
la capsule de l’amygdale et le muscle constricteur
supérieur du pharynx.
Il se caractérise par
* une fièvre élevée,
* une dysphagie très douloureuse avec hypersialorrhée,
parfois même une aphagie, * une otalgie, * un
trismus. Le bombement du pilier antérieur
et du voile refoule l’amygdale en bas, en dedans et
en arrière.
La luette est œdématiée, repoussée
du côté opposé.
Plusieurs ganglions inflammatoires siègent dans la
région
sous angulo-maxillaire.
L’antibiothérapie doit débuter
par une céphalosporine
de 3è génération par voie parentérale
en milieu hospitalier. En l’absence d’évolution
favorable sera indiqué un drainage avec prélèvement
bactériologique du pus (anaérobies, streptocoque,
entérocoque,
staphylocoque doré,).
- L’abcès
rétropharyngé (ARP) est situé dans
l’espace rétropharyngé médian.
Les douleurs cervicales sont intenses avec un torticolis
et l’alimentation
est impossible. A l’examen, il existe une voussure
de la paroi pharyngée postérieure. La radio
du thorax doit rechercher une extension médiastinale.
Les complications de cet abcès
sont * respiratoires (par œdème de la margelle
laryngée et
obstruction aérienne), * le syndrome de Grisel (torticolis
par luxation ou dislocation atloïdo-axoïdienne)
et * l’extension
de l’infection au médiastin. La collection doit être évacuée
en urgence.
- L’abcès
rétrostylien (ARS) ou sous
parotidien postérieur se présente
avec un torticolis très
net, sans trismus. Le pilier postérieur bombe, repoussant
l’amygdale
en avant. Le pronostic vital est en jeu du fait des risques
hémorragiques
et septiques. Le drainage doit être effectué par
voie externe, d’extrême urgence, sous antibiothérapie à large
spectre concernant les germes anaérobies, puis guidé
par les données de l’antibiogramme.
Complications générales
ou post-streptococciques
Ce sont des complications inflammatoires tardives apparaissant après
un intervalle libre suivant l’infection initiale. Les personnes
les plus exposées sont : * les enfants âgés de
plus de 4 ans et les adolescents, * les sujets aux antécédents
personnels ou familiaux de RAA. Le syndrome inflammatoire clinique
et biologique y est constant.
- Rhumatisme articulaire aigu (RAA)
Il débute 15 à 20 jours après l’infection
amygdalienne initiale, * soit de façon brutale et parlante par
une polyarthrite, * soit insidieusement en cas de cardite modérée
inaugurale. Il existe une relation inverse entre la gravité de
l’atteinte articulaire et le risque de développement d’une
atteinte cardiaque.
-
Les manifestations articulaires sont
les plus fréquentes.
-
Les manifestations
cardiaques constituent
l’élément
pronostic essentiel. Elles sont d’autant
plus fréquentes
que le sujet est plus jeune.
-
Les manifestations
cutanées (nodosités
de Meynet et érythème
marginé).
- Les manifestations nerveuses (chorée
de Sydenham).
- Les manifestations générales (fièvre, douleurs
abdominales liées à une adénolymphite mésentérique
ou à un foie cardiaque, hyperleucocytose, élévation
des marqueurs de l’inflammation).
- Glomérulonéphrite
post-streptococcique (GNA)
Le tableau clinique typique débute
brutalement 10 à 20
j après l’infection streptococcique, avec
des œdèmes
localisés aux lombes et aux membres inférieurs,
une oligurie, une pâleur, et parfois des nausées
et des vomissements. L’hypertension artérielle
est le plus souvent modérée.
Le tableau clinique peut être plus discret, mais
les œdèmes
et l’hématurie sont des éléments constants.
L’examen des urines met en évidence une hématurie
et une protéinurie modérée (< 2g/m2/24h).
L’évolution est en général favorable en
2 à 6 mois, sans séquelles. Les éléments
de bon pronostic sont l’oligurie initiale modérée
et la régression rapide de la protéinurie.
- Erythème
noueux post-streptococcique
Le streptocoque A représente la troisième cause d’érythème
noueux en France, mais il est rare chez l’enfant, touchant surtout
l’adulte. Il s’agit d’une dermohypodermite nodulaire
aiguë siégeant sur la face d’extension des membres
qui évolue favorablement en 8 à 15 jours.

ANGINES RECIDIVANTES
Elles se définissent par l’apparition de plus de trois
angines bactériennes (les angines virales étant exclues)
dans le même hiver, deux hivers de suite.
Plusieurs mécanismes physiopathologiques expliquent ces angines récidivantes. Un déficit immunitaire
local, un état inflammatoire chronique
des amygdales, la disparition ou insuffisance de l’effet de
barrière
réalisé par la flore saprophyte du pharynx, une recontamination
par des membres de l’entourage porteurs de streptocoque béta-hémolytique
du groupe A, une mauvaise compliance au traitement, une insuffisance
des concentrations de pénicilline dans les amygdales, l’existence
d’un foyer infectieux de voisinage (sinusien ou dentaire),
des facteurs climatiques ou environnementaux (humidité, tabagisme), …
Le polymicrobisme est fréquent.
Il s’agit le plus souvent de germes dont beaucoup sont sécréteurs
de béta-lactamases (Haemophilus, staphylocoque, Branhamella
catarrhalis, entérobactérie, anaérobie).
Les traitements antibiotiques actuellement
proposés doivent donc être actifs sur l’ensemble
de ces germes : association amoxicilline + acide clavulanique et les
céphalosporines
orales de 2ème et 3ème génération.
L’amygdalectomie
est recommandée en cas de résistance à un traitement
médical bien suivi.

AMYGDALITES CHRONIQUES
Elles distinguent :
Les amygdalites hyperplasiques :
Formes de l’enfant, elles sont secondaires à la répétition
des épisodes infectieux avec des signes inflammatoires permanents
en rapport avec un possible retard d’acquisition de l’immunité.
Les amygdalites involutives passives :
- Formes de l’adolescent, l’amygdale
est devenue un véritable « corps étranger » avec
un tissus lymphoïde peu important et une flore marquée.
Cette amygdale peut devenir néfaste en se comportant
comme un réservoir microbien.
- La symptomatologie est : * locale
: sensation de corps étranger
avec dysphagie modérée, otalgie, fétidité de
l’haleine, * et générale : asthénie,
fébricule,
toux et survenue de complications naso-sinusiennes, otitiques et trachéo-bronchiques.
- L’examen
clinique retrouve une rougeur diffuse de
tout l’oropharynx
; les amygdales apparaissent suintantes en permanence et
leur pression fait sourdre du pus. Il existe une adénopathie
sous angulo-maxillaire. L’aspect de l’amygdalite
caséeuse correspond à un
défaut de vidange des cryptes amygdaliennes dans
lesquelles les produits de desquamation s’entassent,
s’infectent et
occasionnent une haleine fétide.
- L’antibiothérapie a peu d’intérêt,
en dehors des poussées d’angine aiguë.
- L’amygdalectomie est
la solution à ces infections.